NeuroRecovery & Traitement de la douleur

Troubles de la déglutition (dysphagie) après un AVC

Relu sur le plan médical par Prof. Dr. Engin Çakar, spécialiste en médecine physique et de réadaptation, en algologie (médecine de la douleur) et en neurologie électrodiagnostique · Mis à jour le

Les difficultés à avaler (dysphagie) touchent de nombreux patients dans les premiers jours après un AVC [1, 3]. Elles sont importantes car l’entrée d’aliments ou de liquides dans les voies respiratoires (fausse route) peut provoquer une pneumonie, complication majeure après un AVC [3].

Signes d’alerte

  • Toux ou étouffement en mangeant ou en buvant
  • Voix mouillée ou gargouillante après la déglutition
  • Aliments restant en bouche, bavage
  • Infections pulmonaires répétées, fièvre inexpliquée, perte de poids

Certains patients font des fausses routes sans tousser (fausses routes silencieuses) ; une évaluation formelle est donc importante.

Pour aller plus loin : le guide « Accident vasculaire cérébral » et les articles Rééducation après un AVC : AVC ischémique et hémorragique et AVC gauche ou droit : lequel est le plus grave ?.

Dépistage et évaluation

Les patients doivent être dépistés avant toute prise par la bouche. En cas de suspicion, une évaluation détaillée est réalisée, parfois par examen endoscopique ou vidéofluoroscopique de la déglutition [4].

Traitement

  • Adaptation de la texture des aliments et des liquides
  • Posture et techniques de déglutition sûres
  • Exercices de déglutition et, dans certains cas, stimulation électrique ; les données suggèrent que la rééducation de la déglutition peut réduire la durée d’hospitalisation et le taux de pneumonie [2]
  • Alimentation temporaire par sonde lorsque la prise orale est dangereuse ou insuffisante
  • Bonne hygiène bucco-dentaire

Qu’est-ce que la dysphagie

La dysphagie (difficulté à avaler) signifie que les aliments, les boissons ou la salive ne passent pas de manière sûre et efficace de la bouche à l’estomac. Après un AVC, les muscles des lèvres, de la langue, du palais et de la gorge peuvent être faibles ou mal coordonnés, et la sensibilité de la gorge peut être diminuée. Le principal danger est la fausse route (passage d’aliments, de liquide ou de salive dans les voies respiratoires au lieu de l’œsophage). Elle peut être « silencieuse », c’est-à-dire sans toux, et passer inaperçue jusqu’à l’apparition d’une infection pulmonaire (pneumopathie d’inhalation).

Évolution habituelle

La déglutition s’améliore souvent nettement dans les premières semaines après l’AVC, à mesure que le cerveau se réorganise. Beaucoup de patients passent progressivement d’une absence d’alimentation orale à des textures modifiées (aliments mixés ou hachés, liquides épaissis), puis à une alimentation normale. La récupération est plus lente lorsque l’AVC est étendu, touche le tronc cérébral ou les deux côtés du cerveau, ou en cas de problèmes associés comme une vigilance réduite. La déglutition est réévaluée régulièrement, car le régime sûr évolue avec la récupération.

La rééducation de la déglutition en termes généraux

  • Stratégies de compensation : position assise bien droite, petites bouchées, rythme lent, flexion du menton ou autres postures recommandées après évaluation.
  • Adaptation des textures : adapter la consistance des aliments et des liquides à ce qui peut être avalé en sécurité.
  • Exercices : exercices ciblés des lèvres, de la langue et des muscles de la gorge, et techniques pour renforcer et coordonner la déglutition.
  • Soins bucco-dentaires : nettoyer régulièrement les dents, la langue et les prothèses réduit les bactéries qui peuvent provoquer une pneumonie en cas de fausse route.
  • Surveillance de la nutrition et de l’hydratation : poids, apports hydriques et, si nécessaire, alimentation temporaire par sonde pour protéger la nutrition pendant la récupération.

Le programme de déglutition fait partie du plan global de rééducation. Après les soins hospitaliers aigus, l’ensemble du processus est idéalement dirigé et conseillé par un médecin spécialiste en médecine physique et de réadaptation (MPR), qui travaille avec l’orthophoniste, le diététicien, les infirmiers et la famille.

Sécurité pendant les repas : ce que la famille peut faire

  • Veiller à ce que la personne soit bien éveillée et assise droite, idéalement à 90 degrés, pendant les repas et environ 30 minutes après.
  • Respecter exactement les textures et les boissons épaissies recommandées ; ne pas proposer « juste un peu » d’autres aliments.
  • Réduire les distractions : éteindre la télévision et éviter les conversations qui demandent de répondre en mâchant.
  • Proposer de petites quantités et attendre que chaque bouchée soit avalée.
  • Vérifier qu’il ne reste pas d’aliments dans les joues, surtout du côté le plus faible.
  • Garder la bouche propre, y compris après l’alimentation par sonde.
  • Connaître les signes d’alerte ci-dessus et les signaler tôt.

Quand consulter votre spécialiste MPR

Demandez un avis en cas de toux ou d’étouffement pendant les repas, de voix mouillée ou gargouillante après avoir avalé, de fièvre ou d’infections pulmonaires répétées, de perte de poids, de déshydratation, de repas beaucoup plus longs ou de refus de s’alimenter. À domicile, consultez un spécialiste MPR qui pourra guider la rééducation et les traitements de soutien et organiser une réévaluation de la déglutition.

Questions fréquentes

La dysphagie est-elle définitive ? De nombreux patients retrouvent une déglutition sûre en quelques semaines ; d’autres ont besoin d’une thérapie plus longue.

Le patient peut-il rentrer à domicile avec une sonde ? Oui, si nécessaire, avec une formation de la famille. Voir aussi La vie à domicile après un AVC.

Pourquoi mon proche ne peut-il pas boire de l’eau normale ? Les liquides fins s’écoulent vite et sont les plus difficiles à contrôler ; les boissons épaissies laissent plus de temps pour fermer les voies respiratoires. L’eau est réintroduite quand l’évaluation montre que c’est sans danger.

Peut-on manger par la bouche tout en ayant une sonde ? Oui. Pendant la récupération, de petites quantités d’aliments sûrs peuvent être données par la bouche pour s’entraîner, tandis que la sonde assure la nutrition et l’hydratation.

Évaluation et contact

Vous pouvez demander un rendez-vous ou un deuxième avis sur vos comptes rendus et examens d’imagerie : Contact et deuxième avis (WhatsApp). Cette page fournit des informations générales de santé. Le diagnostic et les décisions thérapeutiques sont pris individuellement, après examen.

Sources

  1. Martino R, et al. Dysphagia after stroke: incidence, diagnosis, and pulmonary complications. Stroke. 2005. PMID: 16269630
  2. Bath PM, et al. Swallowing therapy for dysphagia in acute and subacute stroke. Cochrane Database Syst Rev. 2018. PMID: 30376602
  3. Banda KJ, et al. Prevalence of dysphagia and risk of pneumonia and mortality in acute stroke patients: a meta-analysis. BMC Geriatr. 2022. PMID: 35562660
  4. Labeit B, et al. The assessment of dysphagia after stroke: state of the art and future directions. Lancet Neurol. 2023. PMID: 37596008