Marcher après une lésion médullaire : pronostic selon le niveau de la lésion
Après une lésion de la moelle épinière, la question la plus pressante est de savoir si la marche reviendra. La réponse dépend surtout du caractère complet ou partiel (incomplet) de la lésion, de son niveau et des résultats de l’examen des premières semaines.
Lésion complète ou partielle (incomplète)
- Lésion complète : absence de sensibilité et de motricité sous le niveau lésionnel, y compris dans les segments sacrés les plus bas autour de l’anus.
- Lésion partielle (incomplète) : une partie de la sensibilité et/ou de la motricité est préservée sous le niveau. Les chances de marcher sont nettement plus élevées [1].
Pour aller plus loin : le guide « Lésion de la moelle épinière » et les articles Syndrome de Guillain-Barré : durée de récupération et rééducation et Neuropathie périphérique : symptômes, causes et traitement.
L’échelle ASIA et le niveau de la lésion
Les lésions sont classées selon l’examen standard international (ISNCSCI). L’échelle ASIA va de A à E : A est complète, B est sensitive incomplète, C et D sont motrices incomplètes avec une force différente, et E est normale [2]. Voir aussi notre Guide des lésions médullaires.
Ce que nous apprennent les premières semaines
L’examen entre les 72 premières heures et 2 semaines fournit des informations pronostiques précieuses, sans être un verdict définitif. Une règle de prédiction clinique, fondée sur l’âge, la force de deux groupes musculaires des jambes et la sensibilité au toucher léger dans deux dermatomes, a prédit la marche autonome à un an avec une grande précision [3].
Pronostic de marche selon le type
- ASIA A : la marche autonome est peu probable. La rééducation vise l’autonomie en fauteuil roulant, les transferts et la prévention des complications.
- ASIA B : variable. Le pronostic est meilleur si la sensibilité à la piqûre est préservée [1].
- ASIA C : une proportion importante retrouve la marche, souvent avec des aides. L’âge a une forte influence [1].
- ASIA D : la plupart des patients retrouvent la marche [1].
Ces chiffres décrivent des groupes et ne peuvent prédire l’évolution d’une personne.
Rééducation : marche classique et robotisée
La rééducation comprend le renforcement, l’équilibre du tronc, la station debout, l’entraînement aux transferts, les orthèses et la rééducation de la marche. Une revue systématique a rapporté des bénéfices de l’entraînement robotisé de la marche sur la vitesse, la distance et la force des jambes chez les personnes ayant une lésion médullaire [4]. Voir Rééducation robotisée.
Vessie, intestin, peau et respiration
Au-delà de la marche, la qualité de vie dépend de la gestion vésicale (dont l’autosondage intermittent propre), d’un programme intestinal, de la prévention des escarres, des soins respiratoires et, dans les lésions cervicales et thoraciques hautes, de la connaissance de la dysréflexie autonome.
Myélite transverse : évolution de la récupération
Dans la myélite transverse, la récupération commence généralement dans les 3 premiers mois et peut se poursuivre 1 à 2 ans. Une atteinte sévère peut laisser des limitations durables.
Lésion partielle (incomplète) : pourquoi les premières semaines comptent
Dans une lésion partielle (incomplète), certains signaux traversent encore le segment lésé de la moelle épinière. Une sensibilité préservée autour de l’anus (épargne sacrée) et un retour précoce de mouvements dans les jambes font partie des signes les plus encourageants pour la marche. Des examens standardisés répétés au cours des premières semaines et des premiers mois indiquent la direction de la récupération de façon plus fiable qu’une seule évaluation précoce.
Qui décide d’une rééducation avancée de la marche
L’indication d’une rééducation robotisée ou d’autres thérapies avancées de la marche est décidée par un spécialiste en médecine physique et de réadaptation (MPR) orienté vers la neurorééducation, en tenant compte du niveau et du type de lésion, de la spasticité (raideur musculaire), de la santé osseuse, de la peau et du contrôle de la tension artérielle. Le Prof. Dr. Engin Çakar travaille dans ce domaine et peut être consulté en ligne ou en personne ; sinon, consultez un spécialiste MPR près de chez vous. L’entraînement est ensuite réalisé conjointement par votre médecin spécialiste en médecine physique et de réadaptation et le kinésithérapeute.
Sécurité à domicile et rôle de la famille
- Examiner la peau chaque jour, surtout au niveau du sacrum, des talons et des hanches, et changer régulièrement de position pour prévenir les escarres.
- Apprendre les transferts sûrs et l’utilisation correcte du fauteuil roulant, des orthèses ou des aides à la marche.
- Suivre le programme vésical et intestinal à heures fixes.
- Connaître les signes de dysréflexie autonome (élévation brutale et dangereuse de la tension dans les lésions situées au niveau du milieu du thorax ou au-dessus) : maux de tête battants, sueurs ou rougeur au-dessus de la lésion. Rechercher une cause comme une vessie pleine et demander une aide urgente.
Quand consulter votre spécialiste MPR
Après la phase aiguë, la rééducation est idéalement dirigée par un médecin MPR. À domicile, consultez un spécialiste MPR si la marche ou les transferts se dégradent, si la spasticité augmente, ou en cas de lésions cutanées, d’infections urinaires ou de chutes. Demandez une aide urgente en cas de nouvelle faiblesse, d’engourdissement ou de perte du contrôle vésical.
Questions fréquentes
Une personne ayant une lésion médullaire peut-elle remarcher ? Cela dépend du caractère complet ou partiel de la lésion, de son niveau et de l’examen précoce. Les chances sont nettement plus élevées dans les lésions partielles.
La sensation vésicale revient-elle ? Dans les lésions partielles, elle peut revenir en partie ou totalement. Les lésions complètes nécessitent généralement un programme vésical et intestinal structuré.
La marche robotisée aide-t-elle en cas de lésion complète ? Le but n’est pas la marche autonome mais des bénéfices secondaires sur la circulation, la santé osseuse, la spasticité et le bien-être. L’indication est évaluée par le médecin.
Combien de temps dure la récupération ? L’essentiel se produit dans les 6 à 12 premiers mois, et elle peut se poursuivre plus longtemps dans les lésions partielles.
Les orthèses aident-elles à marcher ? Chez certaines personnes ayant une lésion partielle (incomplète), des orthèses de jambe peuvent améliorer la stabilité et la sécurité. Leur nécessité est évaluée individuellement.
Utiliser un fauteuil roulant signifie-t-il renoncer à la marche ? Non. Le fauteuil permet souvent une mobilité sûre et la participation pendant que l’entraînement à la marche se poursuit.
Évaluation et contact
Vous pouvez demander un rendez-vous ou un deuxième avis sur vos comptes rendus et examens d’imagerie : Contact et deuxième avis (WhatsApp). Cette page fournit des informations générales de santé. Le diagnostic et les décisions thérapeutiques sont pris individuellement, après examen.
Sources
- Scivoletto G, et al. Who is going to walk? A review of the factors influencing walking recovery after spinal cord injury. Front Hum Neurosci. 2014. PMID: 24659962
- Kirshblum SC, et al. International standards for neurological classification of spinal cord injury (revised 2011). J Spinal Cord Med. 2011. PMID: 22330108
- van Middendorp JJ, et al. A clinical prediction rule for ambulation outcomes after traumatic spinal cord injury: a longitudinal cohort study. Lancet. 2011. PMID: 21377202
- Nam KY, et al. Robot-assisted gait training (Lokomat) improves walking function and activity in people with spinal cord injury: a systematic review. J Neuroeng Rehabil. 2017. PMID: 28330471